Âgée de plus de 70 ans, Triêu Thi Chung (à droite) reste infatigable, attentive à chaque point de couture. Photo :Thúy Kiều / VOV |
Issue d’une famille Dao rouge, à 7 ans, Triêu Thi Chung apprend la broderie auprès de sa grand-mère et de sa mère. Tandis que d’autres enfants jouent, elle s’exerce déjà à broder des motifs symbolisant le ciel, la terre, les forêts et les rivières. Ces premiers apprentissages ont scellé un engagement de toute une vie au service de l’art traditionnel de son peuple.
“J’ai appris la broderie très jeune. Aujourd’hui, avec l’âge, je souhaite transmettre ce savoir-faire aux jeunes afin de préserver et valoriser l’identité de notre peuple”, nous confie Triêu Thi Chung.
Triêu Thi Chung transmet son savoir-faire aux apprenantes Dao rouges.
Photo : Thúy Kiều / VOV
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Depuis 2020, Triêu Thi Chung collabore avec la coopérative Thiên An pour ouvrir des classes de broderie et a déjà transmis son savoir-faire à une quarantaine d’apprenantes. Grâce à elle, de nombreuses femmes savent désormais réaliser des pièces de broderie soignées, des sacs et foulards aux coiffes traditionnelles, ce qui leur permet à la fois d’améliorer leurs revenus et de renforcer la fierté liée à l’identité culturelle des Dao rouges.
“Mme Chung nous accompagne avec beaucoup de dévouement et une grande précision. Apprendre la broderie revêt un sens particulier, car cela permet de préserver et de transmettre l’identité culturelle des Dao”, partage Hoàng Thi Tuyên, l’une des apprenantes.
Des apprenantes de tous âges et de différentes ethnies réunies par la volonté de préserver l’art traditionnel de la broderie des Dao rouges. Photo: Thúy Kiều / VOV |
Dans les classes de broderie animées par Mme Chung, nombre d’apprenantes n’ont que 14 ou 15 ans. Grâce à un encadrement attentif et rigoureux, elles acquièrent les techniques de base tout en apprenant à créer les motifs traditionnels de leur peuple sur le tissu. Au fil des séances, ces jeunes découvrent peu à peu les valeurs culturelles des Dao rouges, inscrites dans chaque motif de broderie.
La broderie artisanale traditionnelle permet aux femmes d'augmenter leurs revenus. Photo: Thúy Kiều / VOV |
Des produits tels que des foulards, des bonnets, des masques, des nappes ou encore des coussins en brocatelle, réalisés par les apprenantes, rencontrent un succès croissant auprès des consommateurs. Ils sont commercialisés dans les stands agricoles du programme «Chaque commune, un produit” (OCOP) ainsi que dans la boutique de la coopérative. Chaque mois, la coopérative Thiên An met ainsi sur le marché plus de 200 produits alliant broderie et plantes médicinales, assurant des emplois stables à une vingtaine de membres, principalement des femmes Dao et Tày, avec un revenu mensuel de 5 à 6 millions de dôngs (200 à 240 dollars) par personne.
“Mme Chung est une membre engagée, dotée d’un fort sens des responsabilités, toujours disponible pour soutenir les femmes et les jeunes. Son engagement renforce chez nous, les jeunes, la conscience de notre devoir de préserver les motifs traditionnels en brocatelle et de faire vivre cet héritage culturel auprès des générations futures”, indique Ly Thi Quyên, directrice de la coopérative Thiên An.
Aujourd’hui, septuagénaire, Triêu Thi Chung continue de s’installer sous le porche de sa maison, l’aiguille et le fil à la main. Elle ne se contente pas de créer de belles pièces de brocatelle, elle transmet aussi, avec discrétion, la passion du métier et l’amour de la culture aux jeunes générations, afin que les couleurs des Dao rouges demeurent bien vivantes dans les montagnes.