Les femmes de Diên Biên, gardiennes de l’âme des peuples

Thu Thuỳ - Kim Liêu
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(VOVWORLD) - Diên Biên n’est pas seulement une terre chargée d’Histoire. C’est aussi l’une des régions les plus riches du pays sur le plan culturel, et de ce point de vue-là, les femmes des 19 ethnies de la province jouent un rôle essentiel - souvent discret, mais déterminant.
Les femmes de Diên Biên, gardiennes de l’âme des peuples - ảnh 1Maisons sur pilotis des ethnies Thaï, Xinh Mun et Kho Mu à Diên Biên. Photo: VOV

Le soir, lorsque les travaux sont terminés et que la maison retrouve son calme, Hoàng Thi Phuong chante parfois d’anciennes mélodies. Dans son foyer du quartier Diên Biên Phu, cette femme Thaï transmet à ses enfants et petits-enfants les chants traditionnels de son peuple, avec patience et douceur.

Les Thaï représentent la plus grande communauté ethnique de cette province du Nord Ouest du Vietnam - plus de 38 % de la population. Installé dans la région depuis des siècles, ce peuple a conservé des traditions d’une grande richesse. L’une des plus visibles est le tẳng cảu, ce chignon porté par les femmes Thaï noires, dont la position raconte la vie de celle qui le porte, comme nous l’explique Hoàng Thi Phuong.

«Quand une femme Thaï noire se marie, elle noue son chignon au sommet de la tête. Si, par malheur, son mari meurt, elle le porte légèrement décalé sur la droite. Et si elle se remarie, il est déplacé sur la gauche», nous dit-elle.

Chants anciens, danses populaires, fêtes traditionnelles, récits ancestraux… Autant d’héritages que Hoàng Thi Phuong et les femmes de sa génération s’efforcent de transmettre, convaincues que rien ne doit disparaître.

Les femmes de Diên Biên, gardiennes de l’âme des peuples - ảnh 2Le « tẳng cảu », chignon traditionnel des femmes Thaï mariées. Photo: VOV

Ces traditions ont aussi inspiré Ho Phuong Hoài, installée elle aussi dans le quartier Diên Biên Phu. Dans plusieurs de ses œuvres, elle célèbre les coutumes des ethnies locales, en particulier celles des Thaï. Son poème «Le chignon qui cache l’âge au-dedans» est devenu l’un de ses textes les plus connus.

«Un poème n’a d’âme que s’il naît d’un amour sincère - pour sa terre, pour son pays, pour les gens qui vivent autour de nous. Alors je continue d’écrire, pour garder vivantes les belles traditions de mon peuple, pour aujourd’hui et pour les générations qui viendront après nous», nous confie-t-elle.  

Chez les femmes Dao de la province, la transmission prend une autre forme: celle du fil et de l’aiguille. Même si le costume traditionnel n’est plus porté tous les jours, sa confection reste un savoir précieux, transmis de mère en fille et mis en valeur lors des fêtes ou des événements culturels.

Les femmes de Diên Biên, gardiennes de l’âme des peuples - ảnh 3Femmes Hà Nhi en tenue de fête. Photo: VOV

Dans le village de Dê Tâu, Chao Thi Ton se souvient de ses premières leçons de broderie...

«Depuis que je suis toute petite, j’aime les traditions de mon peuple. Je me souviens que je regardais les grand-mères et les mères broder et que cela me fascinait. J’étais encore enfant, mais je voulais déjà apprendre, alors elles m’ont montré. Aujourd’hui, je peux coudre moi-même un costume traditionnel. Et si d’autres filles veulent apprendre, je serai heureuse de leur transmettre ce savoir  à mon tour», nous explique-t-elle. 

Partout dans la province, des clubs artistiques et des groupes de danse populaire voient le jour. Dans la commune de Na Sang, par exemple, les femmes du Club de danse populaire et sportive se retrouvent régulièrement à la maison culturelle du village pour répéter. Pour Lù Thi Oan, membre active du club, l’enjeu dépasse largement la simple pratique artistique…

«Nous devons préserver notre identité traditionnelle, on ne peut pas la laisser disparaître. Le monde devient moderne, mais cela ne veut pas dire qu’il faut oublier ses racines. Notre culture, ce sont les chants, les danses, la musique…», revendique-t-elle.

Les femmes de Diên Biên, gardiennes de l’âme des peuples - ảnh 4Chants et danses folkloriques des minorités ethniques de Diên Biên. Photo: VOV

Dans les villages de Diên Biên, la transmission se fait souvent loin des projecteurs. Mais, patiemment, jour après jour, les femmes continuent de faire vivre les traditions. Comme des gardiennes silencieuses d’un patrimoine fragile, elles veillent sur l’âme de leurs peuples - pour que celle-ci continue de traverser le temps.

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