Les engagements de sécurité pour l’Ukraine fragilisés par la politique américaine

Quang Dung
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(VOVWORLD) - Réunie le 6 janvier à Paris, la coalition des volontaires pour le soutien à l’Ukraine a rassemblé les dirigeants d’une trentaine de pays, principalement de l’Union européenne, mais aussi du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. La réunion a permis d’avancer sur les garanties de sécurité à long terme pour l’Ukraine. Mais les récentes initiatives militaires et diplomatiques des États-Unis sur la scène internationale suscitent des doutes quant à la solidité de ces engagements.

Des engagements à long terme

Les engagements de sécurité pour l’Ukraine fragilisés par la politique américaine - ảnh 1La réunion de la coalition des volontaires pour le soutien à l’Ukraine, tenue le 6 janvier à Paris, a rassemblé les dirigeants d’une trentaine de pays. Photo: YOAN VALAT/ REUTERS

Dans leur déclaration commune à l’issue du sommet, les pays membres de la coalition des volontaires ont insisté sur le fait que tout accord de paix destiné à mettre fin au conflit russo-ukrainien devrait s’accompagner de garanties de sécurité fortes et juridiquement contraignantes. Ils ont réaffirmé leur attachement à une paix juste et durable, conforme à la Charte des Nations unies, soulignant que la capacité de défense de l’Ukraine demeurait un pilier essentiel de sa sécurité future et de la stabilité de l’espace euro-atlantique.

Les engagements de sécurité pour l’Ukraine fragilisés par la politique américaine - ảnh 2De gauche à droite: le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer se serrent la main après la signature d’une déclaration sur le déploiement des forces post‑cessez‑le‑feu au Palais de l’Élysée à Paris, en France, le 6 janvier 2026. Photo: Ludovic Marin/REUTERS

Les annonces les plus concrètes viennent de la France et du Royaume-Uni, deux poids lourds militaires européens. Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont signé, aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, une déclaration d’intention en vue du déploiement d’une force multinationale chargée de surveiller et de garantir un éventuel cessez-le-feu en Ukraine. Cette force serait déployée sur terre, dans les airs et en mer, tout en restant à distance de la ligne de front. Paris et Londres se disent prêts à engager plusieurs milliers de soldats et à soutenir l’Ukraine dans la mise en place de bases militaires sur l’ensemble de son territoire pour la protection et le stockage de matériel. En particulier, la coalition a obtenu pour la première fois une garantie de soutien sécuritaire de la part des États-Unis, limitée à un rôle de supervision, comme l’a indiqué le président français Emmanuel Macron.

«Il y a aujourd'hui ces différentes couches de garantie de sécurité où les États-Unis ont clarifié leur participation, et en particulier sur ce qu’on appelle le monitoring, c'est-à-dire la surveillance de la ligne de front. Les capacités d'observation et de suivi américaines sont absolument déterminantes et ont été confirmées. Donc, tout ça pour vous dire que ces derniers mois, nous avons élaboré un ensemble, il est cohérent, il est solide. Les États-Unis nous ont demandé de faire plus, nous le faisons», a-t-il dit.

La participation à la conférence de Paris de l’envoyé spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, est apparue comme un signal positif pour la coalition et pour l’Ukraine, suggérant un engagement américain plus fort dans les garanties de sécurité à l’avenir. D’après Steve Witkoff, les États-Unis seraient prêts à jouer un rôle central dans la supervision d’un éventuel cessez-le-feu, à soutenir la force multinationale en matière de renseignement, et à renforcer la coopération économique avec l’Ukraine.

“Nous sommes quasiment parvenus à finaliser le mécanisme de sécurité, un élément crucial pour que les Ukrainiens aient l’assurance qu’une fois le conflit terminé, il ne reprendra pas. Mais nous sommes surtout très proches de conclure un accord économique sans précédent après un conflit de cette ampleur", a-t-il déclaré.

Un point d’interrogation sur les relations transatlantiques

Sans représenter de percées majeures dans le règlement du conflit russo-ukrainien, les engagements pris à Paris sont considérés comme positifs pour l’avenir de l’Ukraine. Toutefois, avant, pendant et après la réunion, une autre tension géopolitique est venue peser sur les discussions: les divergences croissantes entre l’Europe et les États-Unis sur la crise au Venezuela et sur l’intention affichée de Washington d’annexer le Groenland, territoire autonome du Danemark.

Ces deux dossiers ont marqué les échanges à Paris et obligé les dirigeants européens à clarifier leur position. Sur le Venezuela, la plupart des pays européens ont adopté une attitude prudente, évitant de critiquer directement les actions militaires et la pression diplomatique des États-Unis, tout en rappelant leur attachement au droit international et à l’ordre multilatéral. En revanche, la perspective d’une annexion du Groenland par les États-Unis malgré l’opposition du Danemark et des autorités locales, a conduit l’Europe à adopter un ton plus ferme.

Les engagements de sécurité pour l’Ukraine fragilisés par la politique américaine - ảnh 3La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas. Photo: YOAN VALAT/REUTERS Ludovic Marin/REUTERS

À Paris, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne, du Royaume-Uni et du Danemark ont publié une déclaration commune rappelant que le Groenland appartenait au peuple danois et que seuls le Danemark et les autorités groenlandaises étaient habilités à décider de l’avenir de l’île. C’est en tout cas ce qu’a tenu à rappeler la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas.

«Les messages que nous recevons concernant le Groenland sont extrêmement préoccupants. Les pays européens ont d’ailleurs entamé des discussions sur la réponse à apporter si cette menace se confirmait. Le Danemark est un allié proche des États-Unis, et les déclarations récentes ne vont pas dans le sens de la stabilité mondiale” , a-t-elle fait observer.

Selon les observateurs, l’Europe est confrontée à un choix délicat: répondre avec fermeté à la nouvelle politique étrangère des États-Unis sur le Venezuela, le Groenland et d’autres dossiers géopolitiques, tout en maintenant l’implication américaine dans le règlement du conflit russo-ukrainien, les États-Unis restant un acteur clé sur les plans politique, militaire et sécuritaire. À long terme, l’Europe devra aussi ajuster sa relation avec Washington pour préserver l’unité, voire la cohésion, de l’OTAN, pilier de la sécurité européenne depuis des décennies. Ainsi, l’un des principaux défis pour la résolution du conflit russo-ukrainien pourrait résider dans la capacité de l’Europe à redéfinir une relation transatlantique avec des États-Unis en pleine mutation.

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