Le sommet a réuni la majorité des dirigeants des 27 États membres de l’UE et des 55 États de l’UA. De nombreuses organisations internationales y étaient également représentées, et le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, avait fait le déplacement.
Vers un partenariat plus équilibré
Au cœur des discussions: la volonté commune de renforcer la coopération dans les secteurs industriels, la transition énergétique, les technologies et l’exploitation durable des minerais stratégiques, considérés comme des fondements essentiels de la croissance à long terme.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a insisté sur l’interdépendance accrue entre les deux continents. D’après elle, l’Europe dispose de technologies, de savoir-faire et de ressources financières, tandis que l’Afrique possède les matières premières clés qui conditionnent l’économie du futur.
Elle a rappelé que l’Europe était déjà le premier partenaire commercial du continent africain, un tiers des exportations africaines lui étant destiné, et son premier investisseur, avec 240 milliards d’euros investis en 2023.
Mais du côté africain, les attentes se concentrent sur des engagements concrets. Le porte-parole de l’UA, Nuur Mohamud Sheekh, a averti que l’Afrique ne cherchait pas «de nouvelles déclarations», mais des projets tangibles. Pour ce qui est des investissements miniers et industriels, l’UE est jugée en retard face à des acteurs plus offensifs comme la Chine, les États-Unis, la Turquie ou les pays du Golfe.
Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a quant à lui plaidé pour une révision profonde des relations commerciales.
«Nous appelons à un partenariat commercial plus équilibré, à des investissements européens dans le raffinage des minerais en Afrique et à la suppression de tous les obstacles tarifaires et non tarifaires qui freinent l’accès des produits africains au marché européen. Nous voulons un multilatéralisme fondé sur l’égalité et le respect de tous les pays», a-t-il déclaré.
Les analystes estiment que la crédibilité européenne dépendra de projets créateurs d’emplois, d’infrastructures et d’avantages visibles pour les populations. L’un des tests majeurs sera le corridor ferroviaire de Lobito, reliant la Zambie à l’Atlantique via la République démocratique du Congo et l’Angola, financé par l’UE et les États-Unis.
Par ailleurs, l’Afrique attend un soutien accru pour dynamiser son commerce intra-continental, qui ne représente encore que 15% des échanges mondiaux.
De plus, le président angolais João Lourenço, également président en exercice de l’UA, a alerté sur la spirale de l’endettement qui pesait sur de nombreux États africains et limitait leur accès aux investissements stratégiques. Il appelle l’UE à appuyer un nouveau modèle de relations financières entre l’Afrique et les institutions internationales.
L’Afrique revendique un rôle accru dans la sécurité mondiale
Par rapport au précédent sommet de 2022, les discussions ont accordé une place bien plus importante aux questions de sécurité et de gouvernance mondiale.
Le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly a rappelé que l’instabilité africaine était indissociable de celle du reste du monde: conflits à Gaza, tensions maritimes en mer Rouge, insécurité persistante au Sahel… Autant de crises qui montrent que les foyers africains peuvent avoir des répercussions globales.
Pour de nombreux dirigeants, l’Afrique ne peut plus se contenter de recevoir des solutions élaborées ailleurs. Elle doit disposer d’un rôle décisionnel dans la gestion des crises internationales.
Antonio Guterres s’est montré en phase avec cette analyse. Selon lui, «l’axe de coopération Europe–Afrique doit devenir l’un des piliers de la communauté internationale», en matière politique, économique, sécuritaire et financière. Il a également insisté sur la nécessité d’accorder une voix plus forte aux pays en développement dans les institutions financières mondiales, non sans mentionner le déficit d’efficacité du Cadre commun du G20 pour la restructuration de la dette, dont la lenteur pèse sur des pays comme le Ghana ou la Zambie.
S’agissant de la gouvernance mondiale, le secrétaire général de l’ONU a défendu les pays africains souhaitant avoir une voix d’importance égale à celle des autres continents.
«La plupart des opérations de maintien de la paix de l’ONU se déroulent en Afrique. Bon nombre des réformes que nous proposons, que ce soit sur les plans économique et financier ou sur les institutions internationales, répondent aux intérêts des pays africains. Il est donc essentiel de donner au continent une représentation au sein de toutes ces institutions, à commencer par un siège permanent au Conseil de sécurité. L’absence d’un représentant africain doit être corrigée au plus vite», a-t-il martelé.
À l’issue du sommet de Luanda, l’UA et l’UE ont publié une déclaration commune sur les grands conflits internationaux et ont réaffirmé leur engagement partagé en faveur du multilatéralisme et des efforts globaux de paix.
Un signal fort dans un monde où l’Afrique entend désormais peser sur les décisions qui façonnent l’ordre international.